Non seulement les qualités de la proie sont amplifiées et valorisées, mais elles sont en outre appelées à survivre pleinement dans l’existence future du clan. 23-28, et J. Fontanille, « Pratiques et formes de vie : la sémiotique de Greimas à l’épreuve de l’anthropologie contemporaine », in Anouar Ben Msila (éd. Ces dénominations sont provisoires et amendables, comme approximations lexicales génériques et non comme métalangage. Descola, Philippe, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005. En revanche, les actants n’ont aucune autre propriété ontologique spécifique, et ils peuvent être manifestés concrètement sous toutes les espèces différentes de l’existence : humains, non-humains et même non-vivants. Le plus souvent, dans la zone paratopique, les conditions sont remplies pour donner lieu à des formes de vie qui diffèrent de celles des zones endotopique et péritopique. E. Landowski, Passions sans nom, Paris, P.U.F., 2004, et Les interactions risquées, Limoges, Pulim, 2006. Cette première ébauche doit certes être discutée, confrontée et affinée, mais son principe est désormais posé : la topologie que nous cherchons à construire est centrée et concentrique. Des passions du corps comme médiation et transgression », in Gianfranco Marrone et Francesco Mazzuchelli (éds. Descola ne se contente pas d’un inventaire, il l’organise sous la forme d’une typologie structurale qui repose sur deux variables : (1) les existants partenaires sont équivalents ou non sur le plan ontologique et (2) leurs relations sont réciproques et réversibles ou non. Mais surtout, il identifie, sur chacune des deux frontières, deux types d’objets qui leurs sont propres : sur la frontière empirique, les objets fétiches assurent la transition entre la zone identitaire et la zone proximale, alors que sur la frontière transcendantale, les objets idoles assurent la médiation entre les deux précédentes et la zone distale. L’opérateur et l’autre sont les deux actants engagés dans une interaction, de proximité ou à distance. supra), à savoir le caractère réflexif, réciproque, transitif ou intransitif de l’acte, et de l’autre côté, sur l’orientation de la transformation, à savoir sur le caractère stationnaire, réversible, non réversible ou irréversible de l’objectif. Doté de ces nouveaux outils (les modes principaux d'identifications) Philippe Descola nous ouvre ensuite les portes d'une compréhension structurale des agencements humains que favorisent chacune de ces ontologies. En outre, la topologie de l’Umwelt, telle qu’établie par Uexküll, comporte déjà à la fois une zone de coïncidence (le centre réflexif de l’Umwelt, et la demeure), une zone de proximité (la zone neutre ou zone refuge), et une zone à distance (le territoire) qui ne sont confond ni avec la précédente, ni avec la zone magique. Les schèmes de relation, qui sont des dispositions donnant une forme et un contenu à la liaison pratique entre moi et un autrui quelconque, sont classés « selon que cet autrui est équivalent ou non à moi sur le plan ontologique, et selon que les rapports que je noue avec lui sont réciproques ou non » (p. 425). On pourrait considérer alors que le collectif joue le rôle du tiers-actant, qui serait systématiquement le bénéficiaire des dons émanant des individus, et le donateur des contre-dons destinés aux mêmes individus, mais cette solution serait en elle-même une option réductrice, et spécifique d’une conception du collectif déjà marquée du point de vue idéologique : c’est en effet l’option retenue par le libéralisme classique d’Adam Smith, pour lequel la multiplicité proliférante des pratiques interindividuelles bénéficie d’abord au collectif, et ensuite seulement aux individus. Mais nous pouvons observer dès maintenant que la topologie qui les accueille, et plus précisément la caractérisation de chacune de ces instances, rendent possible la distribution de différents types de pratiques correspondant à chaque type d’instance : réflexives et mutuelles (domaine de la personne JE/TU), à réciprocité et transitivité restreintes (domaine du collectif ON), puis à réciprocité et transitivité généralisées et ouvertes à des tiers (domaine de la non-personne IL), et enfin, intransitives et irréversibles, dans le domaine de l’absence de personne (de la « personne d’univers » et du ÇA). D’un côté, il construit un édifice très systématique, qui commence avec les signes, signes-perceptions et signes-actions, qui se poursuit avec l’établissement des règles d’interactions entre l’organisme vivant et son Umwelt, qui se prolonge avec les images (perception et action), et qui aboutit enfin aux tonalités pratiques. Avec une introduction de Dominique Lestel, « De Jacob Von Uexküll à la bio-sémiotique ». Du sens et des langages, Meknès, Presses de l’Université Moulay Ismail, Série Actes de colloques, 51, 2019. Dans les termes des instances énonçantes, « IL » n’implique pas de changement de mode d’existence, alors que « ÇA », en raison de son indétermination, ouvre sur tous les autres modes d’existence possibles. L’association de ces deux choix aboutira à une proposition de typologie thématique10. 3 Le propos de Gérard Chouquer, lorsqu’il aborde le discours des traités gromatiques romains, est de respecter, autant que faire se peut, l’épistémologie de leurs auteurs, fondée sur ce qu’il dénomme l’analogisme méthodologique (Descola 2005 ; Chouquer 2007), ce qui invite à leur restituer une forme de rationalité qui se distingue de celle de la Modernité. Deux groupes se forment : « le premier caractérisant des relations potentiellement réversibles entre des termes qui se ressemblent » (p. 425), que représente : l'échange, la prédation et le don, le second groupe désigne « les relations univoques fondées sur la connexité entre des termes non équivalents » (p. 425), qui inclut : la production, la protection et la transmission. Que ce soit une proie ou un prédateur absents, ou une interprétation iconique singulière pour une petite fille (sorcière ou visage agressif vus dans un objet ou sur un arbre), ces figures « magiques » trouvent une place parmi les rôles actantiels et thématiques d’une « tonalité » pratique en cours (comme l’écrit Von Uexküll) qui est actuellement dominante dans l’Umwelt de l’organisme vivant, et par conséquent dans la scène de cette pratique. Articles du même auteur parus dans les Actes Sémiotiques, Mots-clés : pratiques, thématiques, topologie centrée, zones anthropiques, Auteurs cités : Jean-Claude COQUET, Nicolas COUÉGNAS, Philippe DESCOLA, Algirdas J. GREIMAS, Eric LANDOWSKI, François RASTIER, Jacob Von UEXKÜLL. D’un côté, la « présence » sensible correspond à deux zones (identitaire et proximale), et l’« absence » à une seule (zone distale), alors que nous avons besoin de distinguer au moins deux types d’absences, selon que le mode d’existence in absentia est le même que celui des deux premières zones ou qu’il en diffère radicalement. distance entre la théorie et la pratique des naturalistes à la fois obsédés par une division nature/culture, et incapables d!en montrer la réalité, etc. Leur positionnement dans la structure de la scène pratique n’impliquant pas de relation duelle immédiate, il n’implique aucun prérequis concernant la nature de leur relation. En partant de la combinatoire entre les conjonctions et disjonctions narratives, et des possibilités offertes par la mise en relation de deux sujets (S1 et S2), puis de deux objets (O1 et O2), il engendre en effet quatre prédicats-types : appropriation, dépossession, attribution, renonciation. Au centre de cette ontologie, « c'est bien la différence infiniment démultipliée qui fait l'état ordinaire du monde, et la ressemblance le moyen espéré de le rendre intelligible et supportable » (p. 281). Dans la scène thématique des pratiques, certains rôles peuvent être considérés comme vides du point de vue du mode d’existence régi par le couplage perception/action, mais remplissables sous un autre mode d’existence, où l’action ne dépend plus de la perception sensorielle. La combinatoire engendre deux groupes de schèmes : (1) les relations réversibles entre des termes équivalents (l’échange, la prédation, et le don), et (2) les relations univoques et non réversibles fondées sur la hiérarchie et la connexité entre des termes non équivalents (la production, la protection et la transmission). Uexküll, Jacob Von, Milieu animal et milieu humain, trad. Eu égard au territoire, l’absence perceptive n’implique pas l’inexistence, mais seulement une existence « hors champ » perceptif ; eu égard à la zone magique et imaginaire, l’absence perceptive implique l’inexistence dans le monde de la perception, et l’existence dans un autre monde. La solution offerte est alors de penser chaque individu, c'est-à-dire chaque incarnation d'une âme-enfant, comme « l'actualisation d'un des états successifs par lesquels est passée la genèse de l'identité collective propre à l'ensemble dont il fait partie » (p. 407). « L’action et le sens pour une sémiotique des cultures », op. Nous montrerons tout à l’heure que même l’anthropologue Philippe Descola, qui met pourtant en œuvre tout l’appareil conceptuel et méthodologique nécessaire à la construction d’une typologie des pratiques thématiques de relation, achoppe sur la même difficulté. Sa typologie, issue de la synthèse de l’ensemble des travaux ethnologiques contemporains, est limitée à six types : l’échange, la prédation, le don, la production, la protection, et la transmission, qui sont censés couvrir l’ensemble de la diversité des pratiques de relation constatées et possibles dans l’ensemble des types de collectifs homme-nature. Il faut pour cela qu’ils soient dotés d’un corps et d’une énergie, un corps sensible qui éprouve les états de choses et leurs transformations, et une énergie modale qui contribue à la réalisation pratique de ces dernières. Les « schèmes de la pratique », pour reprendre le terme de Descola, vont au-delà des modèles structuraux, ils ne se limitent pas à l'organisation sociale telle que les acteurs en ont conscience. » (p. 412), dans ce chaosmos de singularités ? « Face à un autrui quelconque, humain ou non humain, précise-t-il, je peux supposer soit qu’il possède des éléments de physicalité et … Mais tout au long de ce parcours, et jusqu’aux tonalités, les thématiques pratiques ne sont évoquées et appréhendées que par l’intermédiaire des cas concrets analysés : ainsi rencontre-t-on des tonalités pratiques de reproduction, d’alimentation, d’agression et de défense, mais aussi de montée et de descente, de peur, de repos, etc. Si l'échange se caractérise comme « une relation symétrique dans laquelle tout transfert consenti d'une entité à une autre exige une contrepartie en retour » (p. 426), en revanche, le don comme la prédation sont asymétriques. 13 « L’action et le sens pour une sémiotique des cultures », op. La topologie peut alors être complétée ainsi : Nous pouvons maintenant projeter, sur l’inventaire des six schèmes pratiques de relation, les quatre zones de la topologie des propriétés prédicatives des pratiques, dont le rôle démultiplicateur permet de proposer à titre indicatif quelques dénominations des thématiques pratiques qui en découlent. 658 PHILIPPE DESCOLA restait à examiner la manière dont les grands archipels ontologiques découpés par ces modes sont structurés et différenciés de façon interne par des schèmes de relation organisant les comportements concrets. E. Landowski, La société réfléchie, Paris, Seuil, 1985. À partir de la critique du dualisme nature/culture, il entreprend une analyse comparative des modes de socialisation de la nature et des schèmes intégrateurs de la pratique : identification, rela… Des zones anthropiques à la topologie anthropique des pratiques, 4. ), Forme de vita / Forme del corpo, Versus, 128, 2019. Aucun de ces schèmes pratiques ne régit à lui seul l’identité ou l’ethos d’un collectif, car c’est la combinaison et la hiérarchie adoptée qui caractérise cet éthos. 7 J. Fontanille et N. Couegnas, Terres de sens. Pour une sémiotique des cultures », Journal des anthropologues, 85-86, 2001. permettant de décrire les schèmes de production de la pratique, dont le plus fameux est l'habitus, qui est une matrice de génération des pratiques inscrite dans la corporalité. J. Fontanille, « Des conflits de formes de vie chez Idrissa Ouedraogo. Au-delà de l’horizon (utopique), les actes et les objectifs transforment et affectent le « monde » de référence tout entier, d’où le caractère intransitif et irréversible des schèmes pratiques concernés. Cette définition minimale nous ouvre à l'idée essentielle que « ce n'est pas au moyen de leur âme qu'humains et non-humains se différencient, mais bien par leurs corps » (p. 183). Rastier, « L’action et le sens pour une sémiotique des cultures », Journal des anthropologues, 85-86, 2001, pp. Quatre schèmes fondamentaux ou matrices ontologiques (l'animisme, le naturalisme, le totémisme et l'analogisme) seront ainsi exhumés de l'immense champ des monographies ethnologiques, permettant à leur auteur d'établir une critique de la raison naturaliste. de schèmes que l essentiel de l ouvrage va être consacré. Ce qui caractérise généralement l'animisme c'est « l'imputation par les humains à des non-humains d'une intériorité identique à la leur » (p. 183). « Tandis que l'animisme déchiffre les signes de l'altérité dans la discontinuité des corps, le naturalisme les reconnaît dans la discontinuité des esprits » (p. 399), aussi les sujets naturalistes diffèrent-ils les uns des autres « en fonction de leurs coutumes, de leurs langues » mais aussi individuellement « à l'intérieur de chaque culture, à raison de leur éducation, de leur milieu d'origine et de leur talents » (p. 398). Nous avons également tenté nous-même de faire le point sur les conditions et les voies d’une sémiotique des pratiques, en questionnant notamment les méthodes de l’analyse du cours d’action, la structure de la scène prédicative des pratiques, l’épistémologie afférente au sens pratique (vs le « sens textuel »), et les incidences théoriques et éthiques de l’analyse des pratiques4. [ 7] On comprend alors en quoi le perspectivisme est un « corollaire ethno-épistémologique de l'anismisme » [ 8] nous dit Viveiros de Castro. Dans le prologue de son très beau récit ethnographique[2]placé sous les auspices d’une citation de Rousseau — « Les particuliers ont beau aller et venir, il semble que la philosophie ne voyage point » — Philippe Descola retrace le fil de sa vocation alors qu’il languit dans la bourgade équatorienne de Puyo, à la lisière de la forêt amazonienne. Parce que « l'intériorité et la physicalité sont ici fragmentées en chaque être entre des composantes multiples, mobiles et en partie extra-corporelles [doctrine antique des quatre éléments, théorie chinoise ou ayurvédique des cinq éléments, jeu des oppositions entre humeurs masculines et féminines que l'on retrouve, par exemple, en Afrique], dont l'assemblage instable et conjoncturel engendre un flux permanent de singularités » (p. 314), l'analogisme se protège en usant de l'analogie avec une « systématicité admirable » (p. 315), et ce, « afin de cimenter un monde rendu friable par la multiplicité de ses parties » (p. 315). Jean-Claude Coquet a lui-même développé une telle topologie centrée pour rendre compte du processus d’objectivation des instances énonçantes12. » (p. 410). Au cœur de cette ontologie se situe les êtres du Rêve, les êtres originaires, qui sont le plus souvent présentés « comme des hybrides d'humains et de non-humains déjà répartis en groupe totémiques au moment de leur venue. Essai d’anthroposémiotique, Limoges, Pulim (Semiotica viva), 2018, pp. En effet, pour les relations du premier groupe, qui correspondent aux trois formules assurant le mouvement d’une valeur quelconque entre deux termes ayant le même statut ontologique : (1) si la relation est symétrique, la réciprocité est obligatoire (c’est le cas de l’échange) ; (2) si la relation est asymétrique (prédation et don) la réciprocité (donc une contrepartie en retour) est possible, mais seulement facultative, espérée ou redoutée. L’enjeu du sujet en devenir serait bien « d’être et de rester l’agent des états mentaux des parents, d’être au coeur des schèmes de la pratique, du vivre ensemble (Ph. Cette typologie est basée sur deux listes, celle de quatre types d’ontologies, et celle de six types de relations. Ensuite, la limitation à trois zones ne permet pas de prendre en compte les « modes d’existence » propres à chacune de ces zones. Essai d’anthroposémiotique, Limoges, Pulim (Semiotica viva), 2018. En revanche, les animaux et les esprits se voient [eux-mêmes] comme humains ». Ainsi au cœur de la subjectivité animique se loge un trouble métaphysique et morale, ce qu'exprime limpidement cette parole du chamane Inuit Ivaluardjuk : « le plus grand péril de l'existence vient du fait que la nourriture des hommes est tout entière faite d'âmes » (p. 392). ), Greimas aujourd’hui. Greimas avait, dans Du Sens II, ébauché une première strate de la typologie des prédicats narratifs, qui aurait pu être le point de départ d’une typologie thématique des pratiques6. Les subjectivités analogiques prolifèrent en tout lieu, comme dans les cosmologies animiques, mais « sur un mode beaucoup plus diffus et ambivalent, réfractées qu'elles sont dans des supports imprévus » (p. 409).
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